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Aspects socio-linguistiques de la mondialisation


Peut-on dire que le monde n’est pas une marchandise tout en renforçant l’emprise de la langue du business ?
Peut-on condamner la mondialisation sauvage et, en même temps, renforcer la position de la langue qui en est le principal vecteur ?

Le "Nouvel Ordre Économique Mondial", dont il fut question après l’effondrement du bloc de l’Est et la guerre du Golfe, a fait son choix linguistique : "A Davos, lors du fameux World Economic Forum, le français a été mis au ban des langues admises. Il faut y parler anglais, et nos représentants les plus illustres acceptent ce diktat au nom d’un mondialisme [remarque : terme impropre] anglo-saxon." (Le Journal des Finances, 22 au 28 mars 1997)

Les enjeux d’une langue commune

La couleur avait été annoncée depuis longtemps. Ainsi, un rapport interne du British Council posait cette interrogation dès 1968-69 : "Il y a un élément de commercialité dissimulé dans chaque professeur, livre, revue, film, programme télévisé, de langue anglaise envoyés au delà des mers. Si alors nous sommes en train de tirer un avantage politique, commercial et culturel de l’usage mondial de l’anglais, que faisons-nous pour maintenir cette position ?"

Les puissants intérêts qui se trouvent derrière l’anglais sont trop souvent oubliés. Ces intérêts ne sont pas ceux de l’ensemble de la population, tant à l’échelle européenne que mondiale.
Dès 1971-72, alors qu’un accord était intervenu sur les principales conditions d’adhésion de la Grande-Bretagne au Marché Commun, le British Council avait reçu 16% de crédits supplémentaires. C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées, et ce n’est pas sans raisons que, le 12 octobre 1978, le quotidien "The International Herald Tribune" pouvait intituler triomphalement un article : "English is a Profitable Export".

Il n’y a rien de tel, pour laisser s’accentuer le déséquilibre économique, politique et culturel, que de laisser la langue d’une nation s’imposer dans le rôle d’interface linguistique. C’est en effet un non sens de baptiser "internationale" une langue qui est avant tout nationale, une langue que les citoyens du ou des pays concernés reçoivent dès leur naissance et qui les dispensera d’apprendre celles des autres, une langue qui imprègne dès l’enfance leur subconscient d’un complexe de supériorité. Or, comme l’a dit très justement la linguiste Henriette Walter : "La langue, c’est une façon de voir le monde".

Penser à l’anglaise ?... à l’américaine ?...

Tout est fait pour nous y conduire. Le processus de mondialisation de l’économie va de pair avec l’anglicisation du monde. Imposer sa langue, c’est imposer une manière de voir le monde.

Tels sont précisément les visées de ceux qui veulent dicter leurs choix. Le ton a été donné par Madeleine Allbright lorsqu’elle était secrétaire d’État de Bill Clinton : "L’un des objectifs majeurs de notre gouvernement est de s’assurer que les intérêts économiques des États-Unis pourront être étendus à l’échelle planétaire." ("À gauche" , 20 février 1997).

Dans son numéro du 13 mai 1997, "Le Figaro" rapportait que Robin Cook, nouveau secrétaire au Foreign Office dans le gouvernement de Tony Blair, voyait grand : "Il veut non seulement rendre à la diplomatie britannique un lustre que l’administration tory avait, selon lui, terni, mais il souhaite aussi que, demain, la Grande-Bretagne mène le monde. Pacifiquement, cela va de soi. Par la seule force de son économie, de son génie créateur, de sa culture et de sa langue".

Lors d’un discours prononcé aux États-Unis, Margaret Thatcher s’en est violemment pris à la France en raison de son refus de s’aligner docilement sur le modèle qu’elle a désigné ainsi : "Au XXIème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon". ("Marianne", 31 juillet 2000)

Quant à David Rothkopf, directeur général du cabinet de consultants Kissinger Associates, il a été encore plus précis dans un ouvrage paru en 1997 et intitulé "Praise of Cultural Imperialism" (Éloge de l’impérialisme culturel) : "Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ; que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines ; que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les Américains se reconnaissent."

Faut-il considérer comme norme américaine — devant laquelle il faut se plier en silence —, celle qui consiste à créer des monstres à grands frais quitte à les casser ensuite... à grands frais ? Voir du côté Taliban... Ou le modèle le plus polluant de la planète sous tout rapport, tant écologique que culturel ? Voir le sommet de Kyoto...

Au bout du compte, il y a le fait que, par exemple dans les institutions européennes, dans des milieux où l’anglais occupe une place de plus en plus prépondérante, les natifs anglophones sont déjà préférés même aux polyglottes qui ont l’anglais pour seconde langue. Là où l’on peut avoir l’original au même prix, pourquoi se contenter d’une copie ?

"Gouverner, c’est prévoir"

C’est ce que dit un axiome connu. Rares sont pourtant les décisionnaires qui ont mesuré les conséquences et les dangers de ce que certains voudraient faire passer pour un libre choix. Il y a derrière tout cela des pressions réelles et des manoeuvres occultes parmi lesquelles s’inscrivent le silence qui entoure l’espéranto ainsi que les propos dévalorisants prononcés ou écrits à son encontre. Il n’y a pratiquement pas de débat sur l’enjeu que représente la désignation d’une langue nationale dans le rôle de langue internationale. Combien prévoient ou pressentent sur quoi cela peut déboucher ?

Même seulement pour "se débrouiller" en anglais, il faut un temps considérable, or le temps, c’est de l’argent. Au niveau de l’enseignement, ce temps est inévitablement soustrait à d’autres matières auxquelles les élèves et les étudiants de pays anglophones peuvent se consacrer entièrement.

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Dessin de "La Nouvelle République", 9 janvier 2001

Tous les pays du monde, sauf, bien entendu, ceux du bloc anglophone, dépensent des sommes astronomiques pour se plier à cette façon de communiquer, pour s’aliéner, pour s’ouvrir à la fuite des cerveaux qui est désastreuse dans de vastes régions du monde, pour accélérer le déséquilibre. Un temps considérable est ainsi absorbé pour renforcer la suprématie de pays pour lesquels l’anglais est la langue de tous les jours, pour accroître leur avance.

Ne s’exprime clairement et avec éloquence que celui qui s’exprime dans sa propre langue, la seule dans laquelle il se sent à l’aise, ou en espéranto, créé pour servir non point une seule entité, mais l’humanité tout entière dans un esprit d’équité et de respect réciproque.

Pourtant, force est d’admettre qu’une langue universelle (ou internationale) est aujourd’hui une nécessité impérieuse, mais l’apprentissage d’une telle langue ne devrait pas porter préjudice à celui des autres langues. A l’inverse d’autres langues comme l’anglais, l’espéranto offre un excellent enseignement préparatoire (propédeutique) qui exige beaucoup moins de temps et de moyens. La croyance selon laquelle l’anglais apportera la solution est extrêmement répandue. Pourtant, beaucoup en reviennent déjà.

Président directeur général de Renault, Louis Schweitzer avait décidé en 1999 que seul l’anglais serait utilisé dans les relations entre les comités des usines établies dans divers pays. Deux ans après, le 1er avril 2001, l’Agence France Presse faisait écho à une déclaration qu’il a faite à l’occasion de la création d’une fondation qui permettra aux Japonais de mieux connaître la France et d’apprendre le français : "La langue a été une difficulté un peu supérieure à ce que nous pensions. Nous avions choisi l’anglais comme langue de l’alliance mais cela s’est avéré un handicap avec un rendement réduit de part et d’autre. "

Même le Président Jacques Chirac, qui n’est pourtant pas un indigent mental et qui a fait des séjours linguistiques aux États-Unis, s’est humblement excusé, lors de sa visite à New York, après l’attentat du 11 septembre 2001, de ne pas pouvoir poursuivre son intervention en anglais et de parler en français après avoir avoué : "My English is not very good".

A la question "Parlez-vous anglais lors de vos séjours à l’étranger ?", lors d’un entretien accordé à "Mon Quotidien" (25 septembre 1997), journal destiné aux enfants de 10-15 ans, il avait déjà répondu : "Oui, avec mes amis, mais jamais dans les discussions officielles, car je ne parle pas parfaitement cette langue et ce serait un handicap. Pour les sujets sérieux, il faut être sûr d’être bien compris".

A son retour du sommet de Kyoto, Dominique Voynet avait déclaré au "Journal du Dimanche" (JDD, 14 décembre 1997) : "Toutes les discussions techniques se sont déroulées en anglais, sans la moindre traduction, alors qu’il s’agissait d’une conférence des Nations unies. Trop de délégués ont été ainsi en situation d’infériorité, dans l’incapacité de répondre efficacement, de faire entendre leurs arguments". Ainsi pour traiter de sujets qui engagent l’avenir de l’humanité et de la planète, des spécialistes se sont déplacés du monde entier, ils ont séjourné dans un pays où tout est très cher, et leur temps a été en grande partie gâché.

Certains vont penser que la France a du retard dans l’enseignement des langues, qu’un rattrapage est possible. Jetons donc un regard du côté de ceux qui ont des décennies d’avance dans l’enseignement de l’anglais : les pays de langue germanique pour lesquels l’anglais est par ailleurs plus facile.

Dans le quotidien suédois "Svenska Dagbladet" (24.10.1993), Margareta Westman, une responsable du Comité linguistique suédois, a déclaré : "Nous, les Suédois, avons tendance à surestimer nos connaissances linguistiques, en particulier en anglais, mais nous sommes insuffisants lorsqu’il s’agit d’un raisonnement nuancé. Nous courons le risque de dire ce que nous pouvons mais pas ce que nous voulons."

Dans un communiqué du 2 octobre 2001, l’agence de presse allemande DPA a reproduit les propos d’Hartmut Kugler, président de l’association des professeurs germanistes allemands selon lequel : "Ce que l’on veut exprimer, il faut le dire dans la langue que l’on maîtrise le mieux". Il a ajouté : "En langues étrangères, on a souvent des difficultés à s’exprimer de manière nuancée, alors qu’en comparaison, il est relativement plus facile de comprendre passivement". Kugler a par ailleurs mis en garde contre l’intronisation de l’anglais comme seul moyen de compréhension européen : "Nous avons entre temps, durant cinquante années, fait l’expérience du grand projet « l’anglais comme première langue étrangère » — mais quel est le niveau d’élocution du bachelier moyen en anglais ?" avant de conclure que, dans la population, la maîtrise de l’anglais ne suffirait pas pour exprimer des notions complexes. Il a enfin averti que l’anglais pourrait devenir une langue dominante de même qu’il en fût pour le latin : "Les rares « globe players » à très bien maîtriser l’anglais seront ceux qui dans l’avenir décideront de tout."

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Dessin de Jean Lap dans le Canard Enchainé

Députée européenne, Mme Helle Degn avait cru bon de s’exprimer en anglais plutôt que dans sa propre langue : le danois. Cela fait toujours plus sérieux. Croyant faire comprendre qu’elle en était aux premiers jours de ses fonctions ministérielles, elle dit en fait qu’elle en était au début de sa menstruation.

Les règles de la communication linguistique ne sont pas telles qu’on le pense trop souvent... Avec l’anglais, les seuls à être réellement à l’aise et éloquents sont les locuteurs de pays dont cinq appartiennent au réseau d’espionnage "Echelon". Les autres, à part une frange sociale privilégiée, ou des personnes très minoritaires qui ont longuement séjourné dans des pays anglophones, sont dans la situation de travailleurs immigrés handicapés dans leurs démarches, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de tout autre chose que d’une conversation banale, même après des décennies de présence dans leur pays d’adoption.

L’Europe et le monde ont besoin d’une langue commune, pas seulement pour permettre à chacun de se débrouiller, mais de dialoguer et de faire valoir son point de vue comme il le fait dans propre langue, sur une base respectant le principe d’égalité des chances dont tout le monde parle mais pour lequel bien peu de décisionnaires interviennent afin de le faire entrer dans la réalité.

D’hier à aujourd’hui

Pionnier de l’aviation, Ernest Archdeacon s’était dit stupéfié, lors du congrès universel d’espéranto de Barcelone, en 1909, par la facilité avec laquelle les Catalans parlaient l’espéranto : " Je l’ai constaté auprès de simples ouvriers de Barcelone, espérantistes de fait, qui n’avaient ni le temps de participer au congrès, ni les moyens de verser une cotisation de dix francs pour y assister. Les espérantistes sont extrêmement nombreux dans le monde ouvrier de Barcelone". ("Pourquoi je suis devenu espérantiste ?", Fayard, 1910)

Homme de science et membre de l’Académie Impériale du Japon, Secrétaire Général adjoint de la Société des Nations, Inazo Nitobe (1862-1933) avait pour sa part assisté en observateur au congrès universel d’espéranto de Prague, en 1921, pour se faire une opinion personnelle sur l’efficacité de cette langue. Dans un rapport intitulé "Esperanto as an International Auxiliary Language" publié en date du 28 juin 1922, et dont l’édition en français parut sous le titre "L’espéranto comme langue auxiliaire internationale", il fit ainsi part de ses constatations : "On peut affirmer avec une certitude absolue que l’espéranto est de huit à dix fois plus facile que n’importe quelle langue étrangère et qu’il est possible d’acquérir une parfaite élocution sans quitter son propre pays. Cela est en soi un résultat très appréciable […] Il faut avouer qu’on est frappé de l’aisance et de la rapidité avec laquelle les délégués de tous les pays s’expriment et se comprennent […] La discussion se poursuit avec une fluidité remarquable […] et l’on accomplit en trois jours une somme de travail qui aurait pris une dizaine de jours à une conférence ordinaire avec plusieurs langues officielles […] Il y a des orateurs qui sont éloquents en espéranto."

Président de la république d’Autriche de 1965 à 1974, Franz Jonas avait dit, dans un discours prononcé à Vienne en 1970 : "Bien que la vie internationale devienne toujours plus intense, le monde officiel perpétue les vieilles et inadéquates méthodes de compréhension linguistique. Il est vrai que la technique moderne contribue à faciliter la tâche des interprètes professionnels lors des congrès, mais rien de plus. Leurs moyens techniques sont des jouets inadaptés par rapport à la tâche d’ampleur mondiale à accomplir, c’est-à-dire s’élever au-dessus des barrières entre les peuples, entre des millions d’homme".

Presque en écho, un homme dont la valeur a été largement reconnue aux Pays-Bas, le premier ministre néerlandais Willem Drees, s’était lui aussi exprimé sur cette question : "Nous devons enfin avoir une langue commune pour l’utilisation internationale et, aussi séduisante que puisse paraître l’idée de choisir pour cette langue internationale l’une de celles qui sont déjà parlées par des centaines de millions d’hommes, je suis malgré tout convaincu qu’une langue neutre comme l’espéranto - devant laquelle tous les hommes se trouvent égaux en droits - est préférable."

Ces deux hommes, tout comme Josip Broz Tito, président de l’État yougoslave, ou Ferdinand Eisen, ministre de l’éducation d’Estonie, avaient en effet un point commun : ils avaient appris l’espéranto. C’est d’ailleurs dans cette langue que Franz Jonas avait prononcé le discours en question. Ils étaient tous conscients que la communication entre les peuple ne devait pas être l’affaire d’une élite ou d’une frange sociale qui prétend y appartenir.

Prix Nobel de la Paix 2001, M. Koffi Annan, s’est engagé à oeuvrer dans le sens d’une plus grande égalité. Ce principe commence par la langue car tout part d’elle, depuis les premières tentatives de l’enfant et de sa mère pour se comprendre oralement jusqu’aux décisions qui engagent l’avenir du monde. Comme secrétaire général de l’ONU, dans un message adressé au congrès universel d’espéranto qui s’est tenu en 2001 à Zagreb (Croatie), il a fait part aux congressistes de efforts de l’organisation pour faciliter la compréhension entre les hommes par une meilleure communication. Il a aussi reconnu des buts communs entre le mouvement espérantiste et l’ONU et conclu son message par une phrase en espéranto : "Dans cet esprit, je vous souhaite un succès complet".

Syndicalisme sans frontières

Jamais l’interdépendance entre les peuples n’a été aussi grande qu’aujourd’hui. Des bouleversements sont inévitables dans bien des domaines, entre autres dans le rôle et l’action des syndicats en Europe et dans le monde. N’a-t-on pas vu, en mai 1993, des patrons du textile manifester aux côtés des travailleurs contre le transfert des productions vers des pays à faible revenu et sans protection sociale ?

C’est sans doute ce qu’a ressenti François Janssens, président de la Fédération Générale des Travailleurs Belges (FGTB), lorsqu’il a exprimé son avis à "L’Humanité Dimanche" (6-5/12-5-1993) sur la nécessité d’une mutation :"Pour que notre contre-pouvoir syndical soit efficace, il faut absolument transformer la Confédération européenne des syndicats afin qu’elle ne se limite plus à jouer un rôle de lobby mais qu’elle soit capable d’orchestrer des actions débouchant sur des résultats très concrets."

Cependant, le 12 octobre 1991, c’est précisément l’organe de la FGTB, Syndicats, qui avait déjà dressé ce tableau d’une conférence syndicale européenne : "Réunir 650 délégués de 25 multinationales européennes de 21 pays d’Europe n’est pas une mince affaire. C’est ce qu’a pu constater la CES (Confédération Européenne des Syndicats) ces 26 et 27 septembre à Maastricht. Une salle énorme, l’installation de traduction... et toute une armée d’interprètes pour assurer la traduction simultanée en néerlandais, français, allemand, espagnol, italien ou anglais... Plus européen n’existe pas et cela donne tout de suite une idée concrète des problèmes pratiques qu’aura à résoudre le Conseil d’entreprise européen s’il veut faire face à l’internationalisation de plus en plus poussée de l’économie.

Alors que depuis longtemps déjà, les managers des grandes multinationales n’ont plus aucun problème avec le paiement des tickets d’avion « business-class », et se parlent dans toutes les langues par satellite, on a vu de quelle manière quelques délégués d’entreprise, aidés par des interprètes, faisaient à Maastricht une tentative timide pour faire connaissance... et pourtant." Et pourtant ! Au début des années 80, en Grande-Bretagne, le Trade Union and Co-op Esperanto Group, présidé par Jack Jones, soutenu par des personnalités, des responsables syndicalistes et des parlementaires britanniques, dont l’ex-premier ministre Harold Wilson, avait diffusé un tract qui rappelait cette simple constatation : "Les travailleurs ne disposent pas du temps, de l’argent et des possibilités de voyager nécessaires pour apprendre même une seule langue étrangère, et encore moins pour en apprendre plusieurs".

Le Gutenberg (30 janvier 1992), organe hebdomadaire du Syndicat du Livre et du Papier de Suisse Romande a pour sa part rappelé d’autres aspects du problème avant de donner quelques informations sur l’espéranto : "Le recours aux services d’interprétation, déjà excessivement lourd, coûteux et malcommode pour les organismes internationaux (Unesco, ONU, CEE, etc.), se révèle insatisfaisant lors des réunions syndicalistes internationales. Tout militant intéressé par l’intervention de tel ou tel délégué ne peut s’adresser à lui sans intermédiaire, par exemple lors des pauses ou des repas. Les relations suivies sont ainsi très limitées. Le courrier reçu dans une langue étrangère exige d’être traduit, de même que la réponse. Toute action coordonnée est ainsi entravée par des tâches purement bureaucratiques. Le budget de l’organisation est lui-même amputé pour réaliser une semblant de communication."

La plus grande erreur des syndicats ne serait-elle pas de s’engager sur une voie marécageuse sur laquelle pataugent déjà les institutions de l’Union européenne alors que celle-ci dispose, elle, grâce à la docilité des contribuables, de moyens autrement plus imposants ?

Dans "Libération" (23 avril 2001), dans un article intitulé "L’eurosyndicalisme balbutiant", Muriel Gremillet et Thomas Lebègue signalaient que quelque 600 comités d’entreprise européens avaient du mal à jouer pleinement leur rôle contre des projets de délocalisation ou de fermeture de sites. La barrière des langues, que certains considèrent comme inexistante ou sans conséquences, ou même comme une vue de l’esprit, apparaît dans toute sa réalité : "les syndicalistes qui y siègent ne parlent pas la même langue et passent leur temps à courir derrière les interprètes pendant les réunions préparatoires. "De toutes façons, ça ne facilite pas vraiment la tâche, explique la fédération agroalimentaire de la CGC. On est sous un casque, à écouter des phrases qui ont parfois été traduites trois ou quatre fois. C’est difficile dans ces conditions d’être subtil." Les deux journalistes ajoutent que la Confédération Européenne des Syndicats (CES) a lancé un programme pour faciliter l’accès des syndicalistes à la société de l’information. Commentaire d’un syndicaliste de la CFDT, qui juge impensable la création d’un eurosyndicalisme sans l’Internet. : "Il ne manque plus que les logiciels de traduction instantanée !"

Palliatifs bien illusoires lorsque des militants ou des travailleurs doivent pouvoir dialoguer à tout moment et en tout lieu, sans interprètes ni appareillage coûteux, et alors que les logiciels de traduction automatique sont loin d’être au point et ne pourront jamais être subtils ! Beaucoup de conceptions du monde sont donc à revoir. A commencer par celle de la communication linguistique.

Mais il se trouve parfois des gens qui parviennent à s’entendre sans s’entendre ; pour d’autres, c’est justement l’inverse ! Comprenne qui pourra !
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Documents historiques

Motion de la Confédération Générale du Travail CGT votée le 10 octobre 1906 à Amiens lors de son quatrième congrès :

...Il nous suffira d’en appeler à la mémoire de tous les congressistes qui ont assisté à des Congrès Internationaux pour montrer l’extrême difficulté qu’entraînent les sept ou huit langues qu’on y est, à l’heure présente obligé de parler et l’énorme économie de temps qui résulterait de l’emploi d’une seule langue dans ces Congrès où la traduction plus ou moins fidèle absorbe le plus clair du temps des congressistes.

Nous croyons donc que le Congrès Confédéral ferait besogne des plus utiles en s’associant aux voeux émis en faveur de l’Espéranto, dans les congrès corporatifs des peintres, des employés, des chapeliers, des céramistes, etc... et de plus, en votant l’ordre du jour suivant que nous avons l’honneur de lui proposer

Le Congrès :

Considérant que l’émancipation intégrale des travailleurs ne peut s’opérer qu’internationalement mais que les différences de langage sont une entrave matérielle et presque insurmontable à l’entente des prolétaires de tous les pays : Constatant l’extrême facilité d’apprentissage de la langue Espéranto et les éminents services qu’elle est appelée à rendre à la classe ouvrière organisée nationalement et internationalement : Pour ces motifs : Le IVème Congrès Confédéral invite les secrétaires de Fédérations Nationales, de Bourses du Travail, de syndicats ouvriers et les militants desdites organisations, à faire la plus active propagande pour l’étude, la pratique et l’extension de la langue internationale Espéranto et à créer, partout où ce sera possible, des cours du soir pour tous les travailleurs. Pour la Fédération Nationale des syndicats de peinture et parties assimilées. Le délégué : Léon ROBERT à Bousquet, Sellier, (employés), Marie, Janvion, P. Hervier (Bourges), Bornet (bûcherons), Ch Dooghe (Reims), Gouly (Toulouse), Yvetot, David (peinture), Tabard, Robert et Ferrier (Grenoble), Peyron, à Montagne (Inscrits maritimes du Havre. Intourville (alimentation).
Le rapport et l’ordre du jour en faveur de l’Espéranto sont adoptés à l’UNANIMITÉ.


Eble por neniu en la mondo nia demokrata lingvo havas tian gravecon, kiel por la laboristoj, kaj mi esperas, ke pli au malpli frue la laboristaro estos la plej forta apogo de nia afero. La laboristoj ne sole spertos la utilon de Esperanto, sed ili ankau pli ol aliaj sentos la esencon kaj ideon de la esperantismo." L.-L. Zamenhof, la inventinto de Esperanto, en letero al Der Arbeiter Esperantist (1910)

Il est possible que pour nul au monde notre langue démocratique n’ait autant d’importance que pour les travailleurs, et j’espère qu’à plus ou moins brève échéance les travailleurs constitueront l’appui le plus ferme pour notre cause. Les travailleurs feront non seulement l’expérience de l’utilité de l’espéranto, mais ils percevront mieux que quiconque l’essence et l’idée de l’espérantisme. L.-L. Zamenhof, l’inventeur de l’espéranto, dans une lettre à Der Arbeiter Esperantist (1910) |

Ouvrages à consulter :

Le défi des langues, par Claude Piron (L’Harmattan, Paris)
Langues sans frontières, par Georges Kersaudy (AutrementFrontières, Paris)

Contact : SAT-Amikaro, Union des Travailleurs espérantistes des pays de langue française
67, avenue Gambetta, 75020 Paris Tél. : 01 47 97 87 05. Fax : 01 47 97 71 90. esperohm@club-internet.fr http.www.esperanto-sat.info
Autres sites pour l’application de l’espéranto à des fins sociales ou/et syndicalistes :
www.labourstart.org/eo> (Labourstart )
http://france.indymedia.org/ (Indymedia)
http://lists.indymedia.org/mailman/listinfo/www-esperanto
www.geocities.com/c_piron en anglais et français sur les problèmes de communication linguistique.
www.esperanto.net site d’information et de documentation sur l’espéranto en 41 langues.

Liste de diffusion ATTAC en espéranto : Esperantoattac-subscribe@egroups.fr







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