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Pourquoi pas l’espéranto ?


Très bonne question ! Elle a été posée le 19 janvier par Jacques Pradel à Claude Hagège dans l’excellente émission “Comprendre” d’Europe 1. Dommage que la réponse n’ait pas été, elle, à la hauteur de la question.

Le nouveau livre de Claude Hagège, “Combat pour le français” (1) a donné à son auteur l’occasion d’être invité par des médias pour le présenter. Il a été ainsi accueilli sur “Europe 1” dans l’émission de Jacques Pradel (19.01.2006) puis sur “France Inter” dans celle de Mathieu Vidard (31.01 2006).

La présentation qu’il donne de l’espéranto dans le livre en question (p. 187 et 188) reprend quelques termes tout à fait pertinents déjà prononcés à Valenciennes en 1993 lors d’une conférence publique (voir ci-contre, à part qu’il a utilisé le mot “important” dans son livre au lieu de “sérieux” à propos de l’avantage de l’espéranto).

Claude Hagège a une passion extrême pour les langues, mais l’espéranto fait partie de celles qu’il s’est refusé d’apprendre. Il reconnaît le mérite du Dr Zamenhof et la valeur de l’idée, mais il a parfois un réflexe irrationnel lorsque la question de l’espéranto est abordée en public, devant un microphone ou une caméra de télévision — un réflexe que n’ont ni Georges Kersaudy ni André Cherpillod, qui n’en aiment pas moins les autres langues, y compris le français.

Ainsi, lorsque Claude Hagège affirme avec une lourde insistance que “l’espéranto de facto”, c’est l’anglais, il y a tromperie sur l’appellation. Il conduit à penser qu’il n’a rien compris de l’idée, du principe et de la vocation de l’espéranto. En plus, il se contredit et contribue au renforcement de la position de l’anglais en laissant entendre que la situation est irréversible, qu’il n’y a pas d’alternative. En effet, il a lui-même souligné que l’espéranto est “la langue d’aucun État”, et qu’il s’agit là d’un “avantage important”. Or, l’anglais est, lui, la langue d’un certain nombre d’États, et en premier lieu de celui qui mène le monde à son gré.

L’espéranto propose au monde la langue de non-alignement dont il a besoin. Il est de loin plus accessible à toutes les couches sociales dans quelque zone géographique et linguistique que ce soit. C’est loin d’être le cas pour l’anglais. Même “La Voix de l’Amérique” reconnaît sa difficulté.

L’espéranto est aux langues ce que Linux est aux logiciels : il ne nous place pas dans le sillage ou sous la dépendance d’une nation ou d’une firme. N’est-ce pas suffisant pour (faire) comprendre que l’espéranto, lié au principe d’équité, n’a rien à voir avec l’anglais qui, en politique linguistique, est l’application de la loi du plus fort, de l’anti-démocratie ?

L’écrivain François Cavanna avait écrit avec lucidité, dans son roman "La belle fille sur le tas d’ordures" (Éd. Archipel, 1993) : “P.S. A propos… Dites-moi. Pourquoi aucun gouvernement au monde n’a-t-il jamais proposé, (à l’O.N.U., par exemple) la promotion d’une langue ultra-simplifiée ? L’espéranto, ou une autre. On me dit que l’espéranto, au vocabulaire trop européen, ne ferait pas l’unanimité. Or, l’anglais, irrésistiblement, s’impose… Il n’est pas particulièrement simple, ni logique ! Ils ne veulent pas de l’espéranto ? Ils auront l’anglais. Tant pis pour leurs gueules. (Février 1989)

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L’avantage de l’espéranto

C’est dans sa facture une langue que l’on peut considérer comme une des grandes langues de l’Europe”. (…) Je pense que l’espéranto est une solution parmi d’autres, et qu’il pourrait avoir pour lui l’avantage, sérieux, à savoir que, contrairement à n’importe laquelle des langues de vocation européenne, il n’est pas, lui, précédé ou suivi d’un engagement politique et national. C’est la langue d’aucune nation, d’aucun État. Et c’était du reste l’idée de son inventeur. Zamenhof (…), en 1887, l’avait dit dès cette époque, quand il a publié (…) le premier livre qui proposait l’espéranto. On le sait depuis longtemps donc, l’espéranto a pour lui, avait pour lui, a toujours pour lui de ne pas être la langue d’une nation et d’un peuple, encore moins d’un État au sens hégélien du terme, ce qui sont des traits plutôt favorables.

Claude Hagège, Valenciennes, 2.12.1993







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