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Il s’en est fallu de peu...


Oui il s’en est fallu vraiment de peu que l’espéranto soit adopté comme langue internationale par la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’ONU.

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Un volumineux rapport extrêmement positif du secrétariat de la SDN publié sous le titre “L’espéranto comme langue auxiliaire internationale“ (28 juin 1922) dans un contexte historique favorable aux idées de paix et de rapprochement entre les peuples augurait bien de l’adoption d’une telle résolution. Mais on sait que le délégué français Gabriel Hanotaux, seul contre tous, s’opposa farouchement à ce que la question soit traitée. Il voyait dans l’espéranto une menace pour le français qui risquait ainsi de perdre son statut de langue de la diplomatie.

“L’espéranto comme langue auxiliaire internationale“
Résumé du rapport du Secrétariat général adopté par la troisième Assemblée de la Société des Nations

Dès sa création, en 1920, la SDN a reçu un grand nombre de demandes en faveur de l’adoption d’une langue auxiliaire et surtout de l’espéranto.

Au cours de la première assemblée, on s’est dit d’accord avec la nécessité d’une langue internationale et avec tous les arguments favorables à l’espéranto, mais on a renvoyé toute décision à la deuxième assemblée, en demandant un rapport détaillé sur les résultats obtenus au cours des diverses et déjà nombreuses expériences d’utilisation pratique de l’espéranto.

En 1921, la deuxième assemblée a constaté que ce problème éveillait un intérêt de plus en plus grand, mais n’a fait que proposer d’inscrire la question à l’ordre du jour de l’assemblée suivante et a demandé au Secrétariat un nouveau rapport détaillé.

Pour préparer ce rapport le Secrétariat Général envoya des questionnaires à tous les membres de la SDN ainsi qu’à toutes les organisations compétentes.

On missionna également le sous-secrétaire général Nitobe Inazo [1] pour participer au Congrès Universel d’espéranto de Prague en 1921. Il a été frappé de l’esprit élevé et du souffle d’enthousiasme humanitaire qui animaient l’assemblée. Il a constaté, dans son rapport, que le développement de la langue et son caractère vivant devaient beaucoup au puissant élan spirituel imprimé par Zamenhof au mouvement et à la littérature espérantistes. De plus, la SDN hébergea une « Conférence internationale sur l’enseignement de l’espéranto dans les écoles ». Ses travaux ont contribué à fournir au Secrétariat de la SDN une importante documentation pédagogique basée sur les nombreuses expériences réalisées dans un grand nombre d’états.

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Nitobe sur le billet de 5000 yens

Pendant ce temps, le Secrétariat recevait aussi des propositions concurrentes : Les scandinaves proposaient l’adoption de l’anglais. D’autres proposaient de rescussiter le latin. On présentait aussi des nouveaux projets comme l’Occidental, le Parlamento, le Neo-Latina, ou des variantes de l’espéranto telles que l’Ido et l’Esperantide.

Le rapporteur reconnaît le rôle déterminant de l’anglais, du français et de l’espagnol (qui sont par ailleurs les trois langues de travail de la SDN) mais se refuse officiellement à en favoriser une.

L’espéranto a été recommandé, entre autres, par l’Association britannique des Sciences, la Chambre de Commerce de Paris (voir annexe 2) et le Parlement de Finlande, ainsi que par le Congrès mondial des Associations internationales, réuni à Bruxelles en 1920. Les associations françaises et italiennes pour l’avancement des sciences se sont également prononcées pour l’espéranto.

L’ESPÉRANTO DANS L’ENSEIGNEMENT PUBLIC

Aujourd’hui l’Espéranto est enseigné dans certaines des écoles primaires ou secondaires d’environ 320 villes de 17 pays et dans les cours du soir d’environ 1 200 villes de 39 pays des cinq continents, sur décision officielle prise par l’État ou par des autorités locales.

Beaucoup d’instituteurs se servent de la leçon d’espéranto pour faire aimer aux enfants la Société des Nations et son grand idéal de paix et de collaboration universelles.

On constate généralement qu’elle est huit ou dix fois plus facile qu’une autre langue étrangère et qu’on arrive à la parler parfaitement sans avoir besoin de s’expatrier.

Mais les différents responsables de l’enseignement insistent sur la nécessité d’un accord international pour garantir la stabilité d’une telle langue internationale artificielle.

ANNEXE 1
RÉSOLUTIONS ADOPTÉES PAR LA TROISIÈME ASSEMBLÉE LE 21 SEPTEMBRE 1922

Il a principalement été décidé : ... « Que les questions relatives à l’enseignement de l’Espéranto soient renvoyées devant la Commission de coopération intellectuelle [2] pour que cette Commission fournisse son avis sur les différents aspects d’une langue internationale auxiliaire. »

ANNEXE 2
Rapport présenté, adopté et converti en délibération par la Chambre de Commerce de Paris dans sa séance du 9 février 1921.

(Extrait) : ... « Considérant que l’Espéranto paraît réunir les qualités désirables de clarté et de simplicité méthodique, tant au point de vue de la prononciation que de la grammaire, du vocabulaire et de la richesse d’expression ; « La Chambre de Commerce de Paris : « 1. Décide d’introduire l’enseignement facultatif de l’Espéranto dans ses écoles commerciales ;

« 2. Émet le voeu que cet enseignement soit généralisé en France et à l’étranger, et que les Chambres de Commerce de tous les pays, soucieuses de faciliter les transactions commerciales, favorisent la propagation rapide de la langue auxiliaire internationale. »

ANNEXE 3
LETTRE CIRCULAIRE ET QUESTIONNAIRE ENVOYÉS AUX GOUVERNEMENTS DES ÉTATS MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ (23 janvier 1922)

Cette annexe reprend aussi in extenso la très intéressante « Réponse du Gouvernement britannique au questionnaire », extrêmement détaillée, dans laquelle on peut lire par exemple au sujet des résultats obtenus lors des nombreuses expériences pédagogiques : ... « Il n’est donc pas surprenant de constater que les enfants parlent l’Espéranto avec plus de soin qu’ils ne parlent leur propre langue,... pour la simple raison qu’ils parlent une langue qu’ils n’ont pas été habitués, pendant de longues années, à mal prononcer. Bien que l’étude de cette nouvelle façon de parler soit commencée un peu tard dans la vie, elle semble avoir quelque effet sur l’usage qu’ils font de leur propre langue. »

ANNEXE 4.
MÉMOIRE adressé à la Société des Nations par la Conférence internationale sur l’enseignement de l’Espéranto dans les écoles, réunie au Secrétariat de la Société des Nations du 18 au 20 avril 1922

(Extrait) : ... « Loin de porter atteinte aux langues nationales, son étude aide au contraire les enfants à écrire et à parler plus correctement leur langue maternelle....Elle constitue une introduction à l’étude des autres langues,...chez des cerveaux ainsi habitués à manier une seconde langue. »

Compilation et synthèse de JoLoKo

Le rapport est consultable dans son intégralité sur le site de SAT-Amikaro :
- 1922 : La SDN et l’espéranto


[1] Nitobe parlait espéranto. Il l’a toujours soutenu et l’a qualifié de « moteur d’une démocratie internationale »

[2] Le représentant de la France invoque la souveraineté des États en matière d’enseignement pour obtenir le renvoi de la question devant la Commission Internationale de coopération intellectuelle (ancêtre de l’UNESCO), sachant que celle-ci n’y était pas favorable.







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