L’Espéranto au service des manifestants anti-G8

Publié le sabato 5a julio 2008 par Vinko

Plusieurs articles, récemment publiés dans "New Statesman" et dans "Der Spiegel" [1]
ont souligné le fait que l’Espéranto continue à être utilisé par les militants altermondialistes engagés dans la préparation des manifestations contre le prochain sommet du G8, qui se tiendra du 7 au 9 juillet à Hokkaido.


L’accent à été mis - avec quelques imprécisions - surtout sur une anecdote spectaculaire, à savoir l’interdiction d’entrer sur le territoire japonais qui a été faite au militant allemand Martin Kraemer. Celui-ci était arrivé, de façon très provocatrice, en jouant l’Internationale à la trompette. Cet épisode a éveillé la curiosité des services secrets japonais, gênés de ne pas comprendre la langue utilisée par ce trublion pour communiquer avec ses camarades japonais [2].

Ce que ne disent pas le Spiegel et New Statesman, c’est que parmi les manifestants contre le renvoi de Martin, deux espérantistes coréens étaient de la partie. D’ailleurs, eux aussi n’ont pu entrer qu’après deux heures de chicaneries et des prises d’empreintes digitales à l’entrée. L’un deux, Kara, raconte le départ de Martin :

"Après deux heures de questions-réponses tout à fait anormales, nous avons pu enfin sortir de l’office de l’immigration. Nous avons alors rencontré le camarade Naoto et les autres à la sortie. Ils nous ont dit qu’un activiste anti-G8 allemand, le camarade Martin Kraemer, s’était vu refuser par l’office de l’immigration le droit d’entre sur le territoire japonais, et était sur le bateau depuis 4 jours. C’est pourquoi nous sommes allés au port d’Otaru pendant deux heures pour manifester notre solidarité et protester contre cette injustice.

Lorsque nous sommes arrivés au port, il y avait déjà des militants locaux. Quand nous avons apercu une banderole en anglais disant "Sauvez Martin, Pas de G8" et d’autres slogans, nous aussi nous avons déroulé notre banderole. Avant d’embarquer le camarade Martin nous a dit qu’il reviendra immanquablement au Japon pour protester contre le sommet du G8, et il a joué divers chants de lutte à la trompette, dont le célèbre "Nous vaincrons". Nous ne pouvions rien faire quand il nous a quittés. Nous n’avons que pu crier et faire des signes de la main, mais nous avions chaud au coeur. Des hommes de différents pays se sont réunis pour protester contre le G8, et les camarades japonais ne faisaient qu’un avec leurs camarades d’autres pays poursuivant le même but."

La solidarité avec les manifestants anti-G8 s’est également manifestée par internet. Voici par exemple un message envoyé depuis Bengaloure (Inde), le 14 mai, par Miko Sloper :

"Parce que les citoyens des pays les plus riches du monde mangent l’essentiel de la nourriture, brûlent la plus grande partie du pétrole et produisent la plus grosse quantité de produits toxiques ;

parce que les citoyens des pays les plus riches de la planète produisent et contrôlent la plus grande partie d’armes à feu, de missiles, de bombes et d’autres instruments de mort utilisés au nom des nations et du nationalisme ;

parce que les citoyens des pays les plus riches de la planète ont la prétention arrogante de régir le sort des ouvriers, pêcheurs, paysans et autres prolétaires ;

je soutiens de tout mon coeur l’activité de l’association espérantiste libre de Hokkaido dans son combat contre les politiques mesquines des trop riches pays du G8, et pour la redistribution équitable des richesses et des privilèges ; je soutiens également sa vision d’un monde d’harmonie et de paix entre les nations, libéré des secousses de la guerre".

Ce n’est pas la première fois que des espérantistes participent à des événements de ce genre. Ils sont présents dans la plupart des forums sociaux, mondiaux ou continentaux, depuis 2003. Mais c’est peut-être la première fois que l’espéranto est aussi clairement présenté non pas comme un remède miracle à tous les problèmes de communication internationale, mais comme un outil parmi d’autres, déjà très utile pour renforcer le sentiment de solidarité mondiale. Gageons que ce ne sera pas la dernière.

Vinko Markov