Comment ne pas fabriquer des illettrés ?

Publié le merkredo 12a januaro 2005 par admin_sat , mis a jour le sabato 12a marto 2005

Monsieur le député,

La mission d’information sur la définition des savoirs enseignés à l’école, que vous présidez, devra bientôt se prononcer sur le "socle commun de connaissances et de compétences" du projet de loi sur l’école.

Vous avez prouvé, à plusieurs reprises, votre
attachement à deux priorités :
- 1. La résolution du problème de l’illettrisme,
- 2. La bonne utilisation de l’argent du contribuable.

Or, certaines dispositions du projet de loi pourraient aggraver l’illettrisme, et pourraient conduire à des dépenses toujours plus élevées.
Je pense tout particulièrement à cette idée d’imposer, dès le CE1, l’enseignement de l’anglais (l’obligation sera de fait, même si elle n’est pas de droit).

Il peut être séduisant de penser qu’un enfant doit apprendre, au plus tôt, le plus grand nombre de langues possibles.
Mais revenons sur terre : les capacités de l’enfant sont limitées ; le temps d’attention qu’il peut consacrer à l’école est limité. Dès lors, il y a des arbitrages à faire :
- Soit on consacre ce temps d’attention à étudier en profondeur UNE langue, en France la langue française (ce qui revient à donner à l’enfant les outils d’une pensée
autonome et structurée),
- Soit on disperse cette attention sur plusieurs langues en acceptant alors que la connaissance de chacune soit moins profonde.

A la limite, on accepte que l’enfant ne sache répéter que des phrases toutes faites (ce qui revient ne le faire raisonner qu’avec des idées toutes faites).
En d’autres mots, en quel état voulons-nous que nos enfants se présentent à l’entrée en 6ème ? :
- Voulons-nous que leur connaissance de la langue française soit un socle solide sur lequel ils pourront s’appuyer ? ou bien
- Voulons-nous qu’ils fassent illusion en sachant dire quelques phrases, certes dans plusieurs langues, mais sans qu’aucune langue ne soit vraiment maîtrisée, pas
même le français ?

Conclusion : la priorité des priorités doit être que nos enfants maîtrisent la langue française.
Comment maîtriser la langue française ?
Comment ne pas fabriquer des illettrés ?
Ecoutez mon témoignage d’illettré guéri : il montre qu’on ne maîtrise bien une langue que si on en maîtrise bien la grammaire. En effet :
- 1. Je suis illettré dans ma langue maternelle
(le turc) et dans ma langue ethnique (l’arménien).
Alors que pourtant j’ai appris ces langues
pendant de nombreuses années depuis
mon plus jeune âge.
- 2. En revanche, je suis lettré dans ma langue de l’école (la langue française). Une langue qui (comme vous pouvez le constater) est devenue ma langue de pensée.

Que s’est-il passé ?

- Les deux premières langues, je les ai apprises à l’oral, sans travail sur la grammaire.
Dans ces deux langues, je suis comme un musicien amateur qui n’aurait appris son instrument qu’à l’oreille, sans
avoir jamais avoir travaillé le solfège.
- La langue française, je l’ai apprise à l’école, avec un travail sur la grammaire (pour lequel je rends hommage à mes instituteurs).

C’est la maîtrise de la grammaire qui me donne la liberté de créer des
phrases à moi, et de nuancer ma pensée ; sans la grammaire, je resterais enfermé dans des phrases toutes faites.

Conclusion : la pédagogie traditionnelle française a raison d’insister sur l’enseignement de la grammaire. Pour venir à bout de l’illettrisme, il faut investir sur la grammaire.
Comment maîtriser la grammaire française ?

- D’abord en lui consacrant le temps nécessaire, ensuite en s’appuyant sur de bons outils.
- Monsieur le député, j’attire votre attention sur un outil pédagogique efficace, peu coûteux pour le contribuable, que tout enseignant de CM1-CM2 pourrait aisément maîtriser. Un outil pédagogique qui ne demanderait pas le recrutement d’enseignants spécialisés et qui ne poserait pas de
problèmes insurmontables pour la formation des maîtres (contrairement à d’autres solutions...).

Monsieur le député, vous serait-il possible de demander au ministère de l’éducation nationale que soit faite une enquête, et que soit étudié sérieusement ce que pourrait apporter à nos enfant de 8-10 ans un détour pédagogique
par l’espéranto. En France, jusqu’à présent, une telle étude n’a jamais été faite.

Si les services du ministère examinent la question de bonne foi, on découvrira que l’espéranto est un outil pédagogique remarquable. Il aide les enfants à maîtriser la grammaire générale des langues (et donc la grammaire de la langue française) et il les prépare efficacement (des chercheurs allemands l’ont prouvé) à l’apprentissage en profondeur des autres langues.

On découvrira également que de nombreuses personnes ayant appris précocement l’espéranto sont devenus ensuite des polyglottes.

Pour vous apporter mon témoignage personnel sur ce point : j’ai appris l’espéranto à l’âge adulte tout seul, et cela a été pour moi une expérience assez forte : au fur et à mesure que j’avançais, je voyais des choses se mettre en
ordre dans ma tête. Moi qui avait appris cinq langues (turc, arménien, français, anglais, italien), je prenais conscience qu’il y avait dans ma tête une véritable bouillie linguistique et que, depuis toujours, je faisais de nombreux contresens. Puis, le temps passant, je me suis
aperçu que je lisais plus facilement les textes de langue anglaise et que ma rédaction en langue française devenait plus fluide, etc...

Conclusion : je suis convaincu que l’utilisation de l’espéranto comme outil pédagogique pourrait être profitable à nos enfants de 8-10 ans.

Et la maîtrise de l’anglais ? me direz-vous. Si les parents acceptent de patienter jusqu’au collège, ils pourront voir qu’après le détour par l’espéranto, leur enfant apprend l’anglais plus vite et que le temps perdu sera vite rattrapé.

Recevez, Monsieur le député, l’expression de ma haute considération.

J.J. Kasparian

Habitant de Meudon (Hauts de Seine)
Informaticien à l’Insee, père de 4 enfants et grand père de 5 petits enfants.